Ah que y'a bon… BANANIA

 

était bon !

 

 

Qui, parmi les anciennes générations, ne se rappelle d'avoir rencontré à son petit déjeuner ce célèbre tirailleur sénégalais qui, d'un air souriant et convaincant, affirmait :

 

Y'a bon… BANANIA ?

 

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pour désigner "le petit déjeuner familial", mélange de cacao et de bananes.

 

Déposée comme marque le 31 août 1914 par Monsieur Pierre Lardet, la dénomination "BANANIA" (et sans doute sous une forme défensive, "BANIANA", le 1er mai 1915), celle-là fut accompagnée de 1915 à 1977 de l'une ou l'autre image susvisée - déposée comme marque - du tirailleur sénégalais qui répétait infatigablement "Y'a bon… BANANIA".

 

Mais ce qui à l'époque pouvait être interprété comme un hommage rendu à ces vaillants tirailleurs fut par la suite considéré comme un "slogan véhiculant un message raciste".

 

Les marques complexes ci-dessus ont été cédées en 2003 par leur propriétaire de l'époque, la société Unilever, à une société Bestfoods France Société Industrielle SA, avec transmission ultérieure à une société Nutrimaine.

 

En 2005, prenant ombrage de la marque remontant à l'époque coloniale, le Mouvement contre le racisme et pour l'amitié entre les peuples (Mrap) a assigné auprès du Tribunal de Nanterre, ensemble avec le Collectif des Antillais, Guyanais et Réunionnais, la société Nutrimaine pour usage d'une marque contraire à l'ordre public. Mais avant que le jugement du Tribunal de Nanterre ne fût rendu, la titulaire des marques en cause s'est rapprochée début 2006 des demandeurs en vue de trouver un accord mettant fin à l'instance. Cet accord a donné lieu à un protocole qui consacrait l'abandon du slogan, jugé dévalorisant pour les Noirs.

 

Et le 6 février 2006, la société Nutrimaine a totalement renoncé aux dépôts de marques incriminés, en s'engageant de surcroît à cesser tout usage du slogan "Y'a bon", avec prévision d'un délai d'écoulement de huit mois du stock de produits dérivés sur lesquels continuait d'apparaître ledit slogan.

 

Cependant, malgré cet accord intervenu entre les parties, le Tribunal de Grande Instance de Nanterre a, en première instance, débouté de son action le Mrap, qui a interjeté appel et qui, en 2008, a fait constater par huissier la présence dans une boutique parisienne et sur internet de produits dérivés continuant à porter la marque "Y'a bon… BANANIA", en violation de l'accord de 2006.

 

Devant la Cour de Versailles, le 24 mars 2011, l'avocat du Mrap, qui a rendu hommage aux tirailleurs sénégalais, devenus "chair à canon", s'est indigné en se demandant : "Combien d'enfants noirs ont été traités de "Y'a bon Banania" dans la cour de l'école ?", en ajoutant : "Nous sommes en 2011. Nous ne voulons plus de cette image-là !"

 

L'avocate de la défense a fait valoir que les six produits litigieux étaient des stocks de magasins "indépendants" sur lesquels, contrairement aux magasins licenciés, la société Nutrimaine n'avait nul pouvoir, ni droit. Et elle ajoutait : "Six produits qui pourraient coûter à la PME 650 000 euros de dommages et intérêts. Un peu cher le produit."

 

La Cour rendra son arrêt le 19 mai 2011.

 

Sera-ce la mort définitive du slogan "Y'a bon", qui aura agréablement bercé l'enfance de nombreux Français ?