De l'appellation d'origine contrôlée

"Alsace" ou "Vin d'Alsace"

Après les décrets du 1er mars 1984 et du 14 décembre 2007, le décret n° 2011-1373 du 25 octobre 2011 (JORF du 28 octobre 2011) a validé le Cahier des Charges de l'Appellation d'Origine Contrôlée "Alsace" ou "Vin d'Alsace".

Certaines des principales dispositions de ce Cahier des Charges sont les suivantes :

  • Nom de l'appellation

Seuls peuvent prétendre à l'appellation d’origine contrôlée «Alsace» ou «Vin d'Alsace», initialement reconnue par l'ordonnance n° 45-2675 du 2 novembre 1945, les vins répondant aux dispositions particulières fixées ci-après.

  • Dénominations géographiques et mentions complémentaires

Le nom de l'appellation d’origine contrôlée peut être suivi d’une dénomination géographique sous-régionale, communale ou locale…

Le nom de l'appellation d’origine contrôlée peut être suivi de dénominations géographiques complémentaires…

Le nom de l'appellation d’origine contrôlée peut être suivi du nom d’un lieu-dit, pour les vins répondant aux conditions de production fixées pour l’indication d’un lieu-dit dans le présent cahier des charges…

Le nom de l'appellation d’origine contrôlée suivi ou non d’une dénomination géographique complémentaire ou du nom d’un lieu-dit peut être complété par une des dénominations en usage…

Caractéristiques des vins d'Alsace

1. Informations sur la zone géographique

a/ Description des facteurs naturels contribuant au lien

  • Localisation géographique

Vignoble rhénan, un des plus septentrionaux de France et d’Europe, le vignoble d’Alsace, principalement établi sur la face est du piémont des Vosges, est situé sur 119 communes des départements du Bas Rhin et du Haut Rhin. S’étendant sur 120 km de long, pour souvent moins de 1 km de large, le vignoble s’étire d’une petite enclave aux environs de Cleebourg, au Nord, puis de Marlenheim à la hauteur de Strasbourg, jusqu'à Thann à la hauteur de Mulhouse au Sud.

  • Un paysage très diversifié

Le vignoble d’Alsace est installé sur une succession de collines sous vosgiennes, entrecoupés de vallées profondes. Ce paysage très vallonné offre des orientations diverses avec un relief souvent accusé. L’altitude des plantations se situe majoritairement entre 200 m et 400 m.

  • Un climat très contrasté

Le climat est clairement semi-continental : les écarts de température sont importants. Les hivers sont froids (la température moyenne du mois de janvier est de 1,9°C), et les étés chauds et secs (la température moyenne du mois de juillet est supérieure à 20°C)…

  • Une géologie complexe

L’effondrement du fossé rhénan orienté nord-sud a créé un important réseau de failles géologiques formant une mosaïque de compartiments de petite surface présentant des situations géo-pédologiques très variées…

b/ Description des facteurs humains contribuant au lien

Tour à tour vignoble méridional de l’Empire allemand, puis vignoble septentrional de la République Française, le vignoble alsacien a développé au fil des siècles la culture de cépages très aromatiques se forgeant ainsi sa propre identitéCes cépages sont le chasselas B, le sylvaner B, le pinot blanc B et auxerrois B, le riesling B, le muscat à petits grains B, muscat à petits grains Rs, muscat ottonel B, gewurztraminer Rs, savagnin rose Rs, pinot gris G et le pinot noir N.

Malgré les aléas de l’histoirele professionnalisme et l’opiniâtreté des viticulteurs alsaciens ainsi qu’une filière de formation viticole d’excellence depuis presque un siècle et demi ont permis de faire reconnaître par les marchés la qualité et les spécificités des vins d’Alsace.

Tous ces efforts de rassemblement autour du terme identitaire « Alsace » sont récompensés par la reconnaissance des vins d’Alsace en appellation d’origine et la création du comité d’experts des vins d’Alsace par l’Ordonnance du 2 novembre 1945. L’appellation d’origine contrôlée « Alsace » est ensuite reconnue en 1962.

La viticulture alsacienne est gérée depuis 1912 par l'Association des Viticulteurs d'Alsace, aujourd’hui reconnue en tant qu’organisme de défense et de gestion.

La flûte du type « Vin du Rhin », décrite dans le décret de 1955, s’impose au conditionnement des vins tranquilles d’Alsace. Le décret du 13 mai 1959 réserve l’emploi de cette flûte à un nombre restreint de vignobles en appellation d’origine dont les vins d’Alsace.

La loi du 5 juillet 1972, votée après la grande manifestation de 4000 viticulteurs à Colmar a rendu obligatoire la mise en bouteilles des vins à appellation d’origine contrôlée « Vin d'Alsace » ou « Alsace » dans les départements du Bas-Rhin et du Haut-Rhin. Cette loi confirme la volonté des viticulteurs de préserver la qualité des vins d’Alsace et notamment leur caractère aromatique, malmené par le transport en vrac sur de grandes distances…

Sur la mention « vendanges tardives », voir notre note récente. Les termes « sélection de grains nobles » subissent le même régime.

Le vignoble alsacien occupe l'ensemble des marchés. Grâce à une organisation professionnnelle collective rigoureuse et active, la commercialisation très dynamique de la production est répartie harmonieusement entre les trois familles professionnelles (vignerons indépendants, caves coopératives et producteurs-négociants).

 2. Informations sur la qualité et les caractéristiques des produits

Les vins blancs tranquilles constituent la grande majorité de la production. Le vignoble produit également des vins rouges et rosés issus du seul cépage pinot noir N. Le nom de l’appellation d’origine contrôlée peut être complété par des dénominations en usage parce que les vins proviennent exclusivement des cépages pouvant être désignés sous la dénomination concernée.

Les vins se caractérisent par une fraîcheur affirmée reposant sur une acidité tartrique naturelle dominante en lien avec une bonne maturité des raisins. Ils présentent une expression aromatique intense et un bon volume, ponctué par une longueur en bouche souvent soulignée par une légère saturation en gaz carbonique (CO2) traduite localement par le terme « spretsig », exaltant minéralité et salinité constitutifs de la salivation. Vins reconnus depuis des siècles pour leur aptitude à la conservation (vin de garde) au cours de laquelle ils se bonifient, leur grande complexité et leur puissance aromatique s’enrichissent avec le temps.

Six types se distinguent :

- Les vins secs et minéraux, à l’acidité tendue et mure. Ils sont généralement liés aux dénominations en usage suivantes Chasselas, Sylvaner, Pinot blanc, Pinot ou Klevner, Auxerrois, Riesling, Muscat et Muscat Ottonel ;

- Les vins fruités, plus souples et marqués par des extraits secs importants. Ils sont généralement liés aux dénominations en usage Gewurztraminer et Pinot gris.

La dénomination en usage « Edelzwicker » s’inscrit également dans ces deux types…

Les vins bénéficiant d’une dénomination géographique complémentaire ou d’un nom de lieu-dit constituent une originalité. Les dénominations géographiques complémentaires et les lieux-dits s’inscrivent dans ces deux types de vins en réunissant les conditions d’expression optimale de chaque cépage retenu.

La proximité du Rhin constituait déjà au Moyen-Âge une voie importante de communication qui favorisa de tous temps l’exportation des vins de la région vers les pays de l’embouchure du fleuve et au-delà. Les expéditions hors du territoire national et les exportations représentent encore aujourd’hui plus du quart de la production.

Animée par l’ensemble des vignerons qui y ont développé la vente directe, la route des vins d’Alsace valorisant également l’alliance historique toujours vivante avec la gastronomie alsacienne est le site touristique le plus attractif de la région. Elle constitue un atout majeur de l’économie de l’Alsace.

« Vins blancs forts estimés » selon André Jullien en 1822, ils sont «secs avec un bouquet aromatique très prononcé». Ils étaient autrefois transportés jusqu’à Mayence où ils étaient utilisés en mélange avec les vins du Rhin pour leur donner de la force et enrichir la palette aromatique de ces derniers. Jules Guyot en 1866 dit des vins blancs alsaciens qu’ils « offrent des qualités très recherchés en se plaçant très haut dans l’échelle des vins blancs ». Les vins blancs issus du cépage riesling B ont d’ailleurs sa préférence, « remarquables par leur bon goût, leur force et leur longévité ».

Les vins "Alsace grand cru" sont actuellement au nombre de 51 (voir à ce sujet également le Cahier des Charges homologué par le décret du 25 octobre 2011, avec les règles y relatives).

Le Président de l'AVA (Association des Viticulteurs d'Alsace) salue ce décret qui consacre les grands crus et les mentions communales comme "une bonne nouvelle pour la viticulture et le consommateur", tout en recommandant d'être plutôt que sur la défensive, sur l'offensive, en structurant l'offre de lieux-dits, pour lui donner une spécificité et une originalité (voir article DNA du 10 novembre 2011) avec une production de 1 150 000 hectolitres cette année.

Que vive donc le Vin d'Alsace ainsi restructuré !


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