LES DROITS D'UN COMBAT

Tout comme le Manifeste du Parti Communiste rédigé par Marx, le Mein Kampf d’Hitler est une œuvre dont la résonnance est particulière au regard de l’Histoire de la première moitié du siècle dernier, à cette différence près que le Manifeste de Marx n’a jamais été mis à l’index pour ses propos racistes et antisémites.

Suite au suicide du Führer et à la capitulation de l’Allemagne en 1945, dans le cadre d’une politique de dénazification, le Conseil de Contrôle Allié ordonne la saisie des biens des dignitaires du IIIème Reich et leur transfert aux différents Lands du pays.
A la fin du conflit, Hitler étant toujours enregistré comme résidant à Munich et Eher-Verlag, principale maison d’édition du Reich et éditeur de Mein Kampf, ayant son siège social dans cette même ville, c’est le Land de Bavière qui récupère le patrimoine du dictateur déchu, incluant les droits d’auteur sur son best-seller. De leur côté, à la mort de leur oncle, les neveux d’Hitler qui auraient pu prétendre à une partie de cet héritage n’ont jamais contesté cette saisie.

Depuis la fin de la Seconde Guerre Mondiale, le gouvernement de Bavière, détenteur des droits d’auteurs sur l’œuvre « littéraire » d’Hitler, profite de ce monopole pour interdire toute nouvelle publication et édition de Mein Kampf, moyen indirect pour lutter contre les théories de cet ouvrage de propagande, les nombreux exemplaires publiés avant 1945 restant néanmoins autorisés à la vente.

Le gouvernement de Bavière a, depuis, plusieurs fois fait valoir ses droits lorsque de nouvelles publications de l’œuvre ont été tentées, notamment en Pologne ou en République Tchèque.
Toutefois, cette stratégie présente des limites. Elle s’est ainsi avérée inefficace en Suède où la Cour Suprême de Suède, si elle a reconnu l’existence d’un copyright sur le livre, a considéré le détenteur de ce copyright comme non-identifié.
De même, aux USA, lors du second conflit mondial, le copyright de l’œuvre a été saisi par le gouvernement d’alors dans le cadre d’une loi de 1917 interdisant le commerce avec l’ennemi, puis a été revendu en 1979 à un éditeur qui commercialise le livre.
En France, la position est intermédiaire. Dans un arrêt du 11 Juillet 1979, la Cour d’Appel de Paris a autorisé la vente de Mein Kampf, retenant l’intérêt documentaire et historique du livre. La publication de l’ouvrage, en revanche, demeure strictement conditionnée à l’insertion dans ses premières pages d’un texte rappelant, d’une part, les dispositions légales en matière d’incitation à la haine et, d’autre part, les nombreux crimes perpétrés par la politique hitlérienne.

Mais au 1er janvier 2016, soit 70 ans après la mort d’Hitler, les droits d’auteur détenus par le gouvernement de Bavière arriveront à échéance et Mein Kampfdeviendra libre de droit en entrant dans le domaine public. Aussi, pour anticiper la disparition de l’argument juridique relatif au droit d’auteur et encadrer les idées exprimées dans ce texte de propagande, plutôt que de bannir l’ouvrage, une réflexion a débuté pour aboutir à une démystification de l’œuvre en accompagnant sa publication de commentaires pédagogiques.

Quant àl’œuvre la plus satirique des thèses nazies, Le Dictateur de Chaplin, un contemporain d’Hitler, elle ne devrait pas être libre de droit avant, au plus tôt, 2048 !


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